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Les mères dans la litterature

On connaît tous la Folcoche de Vipère au poing, la mère fouettard de Jules Vallès ou celle de Poil de Carotte. Néanmoins, dans la littérature, c'est l'amour maternel qui prévaut : amour généreux, amour dévorant, amour instinctif... autant de lignes qui constituent l'hommage des auteurs à... l'auteur de leurs jours.

Un amour furieux, intense, immédiat...

L'amour de la mère pour ses petits est aussi immédiat que le cri du nouveau-né. L'enfant fait partie d'elle. C'est le trop plein de cette joie d'aimer qui semble s'exprimer à travers les calins, les gestes tendres, les bisous donnés au bébé… avec parfois une passion affective que de nombreux auteurs ont su rendre.
"Ce petit cri douloureux, ce miaulement frêle d'enfant nouveau-né lui entra dans l'âme, dans le cœur, dans tout son pauvre corps épuisé ; et elle voulut, d'un geste inconscient, tendre les bras. Ce fut en elle comme une traversée de joie, un élan vers un bonheur nouveau, qui venait d'éclore.?Elle se trouvait, en une seconde, délivrée, apaisée, heureuse, heureuse comme elle ne l'avait jamais été.?Son cœur et sa chair se ranimaient, elle se sentait mère." (Guy de Maupassant, Une vie)
"Vous, mes garçons, vous étiez ce que je défendais le plus. Parce que l'amour des enfants, dit-elle, on le sent vivant dans sa poitrine et dans son ventre.?C'est là qu'il habite." (Alice Ferney, Grâce et dénuement, Actes Sud, 1997)
"Soudain, ses petits yeux s'arrêtèrent sur moi, l'étincelle de la pensée y passa, ses lèvres gonflées et entrouvertes se rejoignirent puis s'écartèrent dans un sourire. […] Et je me mis à embrasser ses petits pieds froids, son petit ventre, ses petites mains, sa petite tête à peine recouverte d'une duvet. " (Léon Tolstoï, Le bonheur conjugal)

Un amour dont on ne peut se passer

Du côté de l'enfant, l'amour maternel est reçu comme une bénédiction. Lorsque l'enfant est jeune, les témoignages d'affection sont réclamés, la présence de la mère toujours attendue. Marcel Proust a su raconter cette soif d'amour, cette attente que rien ne peut suffisamment combler.
"Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi, un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue, de sorte que ce bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter qu'il vient le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue. " (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Gallimard)

Un amour qui sauve

Enfin, l'amour de la mère est souvent décrit comme celui qui fait grandir et qui sauve. La mère de Romain Gary soutient le courage et la volonté de son fils au-delà de sa propre mort : " Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de 250 lettres, qu'elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. Je ne devais pas savoir - les lettres devaient m'être expédiées régulièrement - c'était cela sans doute, qu'elle combinait avec amour, lorsque j'avais saisi cette expression de ruse dans son regard, à la clinique Saint-Antoine, où j'étais venu la voir pour la dernière fois. Je continuai donc à recevoir de ma mère la force et le courage qu'il me fallait pour persévérer, alors qu'elle était morte depuis plus de trois ans. " (La promesse de l'aube, Romain Gary, Gallimard)
Dans un autre genre, J. F. Rowling fait de l'amour maternel la clé de la survie de son fameux héros, Harry Potter. C'est parce qu'elle lui a donné sa vie qu'il peut tout affronter. Un amour qui fait avancer grand et droit dans le monde.

Texte : Marie-Odile Mergnac